« Faites-en un acte maîtrisé»

La respiration est une fonction automatique indissolublement liée à la vie. Mais elle peut également devenir un acte en partie volontaire. Or, on ne se doute généralement pas des inci­dences importantes qu'un souffle bien réglé peut avoir sur la santé physique et mentale. Apprendre à respirer, c'est donc un véri­table art de vivre.

Dans les sociétés industrielles, les médecins constatent que la plupart des troubles psychosomatiques sont liés à une mauvaise ventilation pulmonaire ou à une oxygénation défec­tueuse.

L'angoisse, la fameuse «boule à l'es­tomac » ou le « noeud dans la gorge » vont de pair, la plupart du temps, avec une respiration faussée.

Sous l'effet d'une émotion, nous bloquons notre respiration. Nous avons alors littéralement « le souffle coupé » puisque la glotte se ferme. Qu'on vous annonce une bonne ou une mau­vaise nouvelle, que vous ayez peur, que vous soyez détendu ou en colère, désoeuvré ou actif, votre respiration reflète ces états comme un miroir. Fonction charnière entre le conscient et l'inconscient, acte spontané par excellence ‑ on ne cesse de respirer que lorsqu'on avale ‑, la respiration peut devenir un acte contrôlé.

LE ROLE ESSENTIEL DU DIAPHRAGME

Un muscle puissant, le diaphragme, qui barre horizontalement le corps et sépare le thorax du ventre joue un rôle essentiel dans la respiration, Il en est le véritable piston.

Dans une bonne respiration natu­relle, à l'inspiration, le diaphragme descend en appuyant sur les organes abdominaux, ce qui provoque un léger gonflement du ventre. Les dernières côtes s'écartent, la cage thoracique augmente de volume. La pression de l'air qui s'y trouve devient inférieure à la pression extérieure, L'air s'engouffre par le nez (et non par la bouche), puis par les voies respiratoires, trachée, bronches, et vient rétablir l'équilibre entre la pression intérieure et celle de l'air ambiant. L'expiration suit aussitôt, spontanée : l'air est chassé, car le diaphragme remonte dans la cage tho­racique.

Sous l'effet d'un choc émotif, d'un stress, le diaphragme se bloque, car il dépend à la fois du système neurové­gétatif (qui innerve et contrôle l'acti­vité de nos organes internes indépen­damment de notre volonté), et du système nerveux central .

Ainsi tout blocage psychique peut se traduire par une contraction du diaphragme.

Écho de nos émotions, de nos senti­ments, le diaphragme nous fait soupi­rer, haleter, hoqueter, quand il ne para­lyse pas tout bonnement notre voix. Il module donc notre vie. Quand les stress et les tensions s'accumulent en nous, notre capacité normale de venti­lation ne peut s'exercer : nous nous contractons, nous n'osons plus respirer a fond et nous créons, dès lors, de petites asphyxies volontaires.

Pour relâcher ces « noeuds » émotifs et lever par là même ces inhibitions respiratoires, il est nécessaire que le corps retrouve son rythme respiratoire naturel. Il suffit, pour cela, de pratiquer la technique de « la respiration physiologique complète consciente » (détail­lée plus loin), qui calque et accentue les différentes étapes d'un souffle calme et profond.

La vie sédentaire, qui nous con­fine dans des positions trop longtemps immobiles, au bureau ou en voiture, est un autre handicap. Le corps est fait pour le mouvement, nous avons trop souvent tendance à l'oublier. Il suffit de regarder les enfants, qui ont, eux, des gestes libres et se dépensent sans  compter.

Or, des astuces simples permettent aux adultes de pallier le manque d'exercices et les fausses positions du corps. Ainsi, songer à se redresser pour bien respirer quand on est rivé à sa table de bureau; ouvrir la fenêtre et respirer à pleins poumons, ne serait‑ce que trente secondes quand l’esprit s'embrouille après des heures de lec­ture ou d'écriture, se dégourdir les jambes au moins une fois par heure... Et, puisque les émotions déclenchent des réactions involontaires au niveau du diaphragme, on peut, au moyen de techniques appropriées, décontracter ce piston aussi perfectionné que sen­sible. Il est donc en notre pouvoir d'obtenir une meilleure respiration. Nous n'avons pas de prise sur le fonc­tionnement de nos organes internes : foie, coeur, glandes... mais nous pou­vons contrôler notre souffle.

A L'ÉCOUTE DE SA RESPIRATION

L'art du yoga, discipline millénaire de l'Inde, comme les méthodes de relaxa­tion les plus récentes comprennent les techniques de respiration comme pre­mière étape du travail sur le corps.

Les postures du yoga, qui intègrent des mouvements respiratoires codifiés, apportent une détente et un soulagement rapides à ceux qui les pratiquent. Ces exercices conduisent à lâcher prise, à s'abandonner à la sensa­tion. L'acte de respirer est un besoin, mais devient alors un véritable plaisir. Ce « laissez‑vous respirer » constitue le premier pas vers la détente. Il s'agit d'adopter une respiration ample, qui suit toujours le mouvement physiologique naturel.

Le principe est toujours de débloquer le diaphragme, de le laisser suivre sa course, et même de la prolonger. Vous pensez que bien respirer consiste à bomber la poitrine et à avaler une grande bouffée d'air ? Détrompez‑vous. Rien n'est plus contraire à une juste respiration que l'impératif : « Redres­sez le buste! » La bouffée d'air vous donnera le vertige : l'oxygène rend euphorique. Réapprenez plutôt le rythme naturel de la respiration en suivant votre souffle. D’abord écoutez­-le. Vous le modifierez peu à peu. L'observation du souffle ajoute au mieux‑être un élément qui, pour être abstrait, n'en est pas moins essentiel. À prendre conscience de ce qui respire, on transforme déjà sa propre façon de respirer.

Mais une respiration lente est‑elle toujours la bienvenue ? Ce serait une mauvaise interprétation de la relaxa­tion de croire qu'il faut « contrôler » son souffle, en faisant violence à ses émotions, par une volonté de tous les instants. Toute contrainte risque en effet de cuirasser la tension et non de la faire disparaître. En état de colère, observez‑vous, et écoutez simplement votre souffle, même s'il est haletant.

En prenant ainsi du recul par rap­port à nos charivaris émotionnels, nous développons une qualité première, propre à toutes les traditions qui enseignent la maîtrise du souffle : l'acceptation de soi. Si la violence est en vous, ou l'angoisse, sachez d'abord qu'elles existent, elles auront sur vous moins de prise, et vous aurez déjà le diaphragme moins bloqué!

L'ALIMENTATION EN OXYGÈNE

Pour nourrir notre corps, il faut une quantité d'air minimale. Ainsi, sur le débit respiratoire moyen de 7 à 8 litres par minute, notre corps en utilise normalement 1 litre, dont 1/5 d'oxygène. Mais certains athlètes qui ont pu accroître l'amplitude de leur cage thoracique peuvent mobiliser 3 à 4 litres d'air par minute, leur débit respiratoire pouvant atteindre une quarantaine de litres par minute. Bien alimentés en oxygène, ils s'essoufflent infiniment moins vite que la plupart d'entre nous.

Car les poumons sont un soufflet. Les faire fonctionner au mieux, c'est améliorer leur capacité d'absorption de l'oxygène. Si nous sommes essouf­flés après un effort physique, c'est parce que l'apport d'oxygène néces­saire à la dépense d'énergie entraînée par l'exercice est insuffisant par rap­port à la quantité d'oxygène brûlé par 'l'organisme. On manque d'air, c'est-à­dire de carburant. Au repos, nous ven­tilons (nous inspirons et nous expirons) 7 à 8 litres à la minute.

Que nous cessions de respirer un instant, et nous récupérons, le moment suivant, notre... bol d'air. Les poumons connaissent leur métier : ils ont besoin d'une quantité d'air minimale. A l'effort, ils se montreront plus ou moins « performants », la cage thoraci­que saura ou non être souple et se développer selon les bonnes habitudes que nous aurons prises.

Par une respiration optimale, nous pourrons ainsi indirectement contrôler en l'activant, ce processus biochimi­que d'échanges indépendant de notre volonté.

En découvrant l'art de respirer qui dénoue les tensions, nous pouvons, de plus, modifier complètement nos états émotifs et changer nos rapports avec autrui. Contre la peur de vivre, contre la nervosité, contre la morosité, bien respirer s'avère dès lors un geste clé.

Tout commence par une bonne hygiène respiratoire. Comment voulez‑vous pratiquer efficacement des exercices si vous avez le nez bouché ? À narines bien ouvertes, poumons sains. Des spécialistes se sont d'ailleurs aper­çus qu'une mauvaise respiration nasale atrophiait souvent un poumon et pouvait incurver la colonne vertébrale du côté perturbé. Un détail que cer­tains d'entre vous ignorent peut‑être encore : on ne doit pas se moucher en soufflant en même temps par les deux narines.